Par Basta Balouwa
Bangui, 13 janvier 2026 – (Eclipse d’Afrique) : À peine les résultats provisoires du scrutin du 28 décembre 2025 proclamés par l’Autorité Nationale des Élections (ANE), la République centrafricaine se retrouve confrontée à une énième vague de contestations politiques. Au cœur de cette agitation, le Bloc Républicain pour la Défense de la Constitution (BRDC), qui s’érige en pourfendeur du processus électoral, au mépris d’un principe fondamental : dans un État de droit, ce sont les institutions de la République qui font autorité, et non les coalitions politiques, aussi bruyantes soient-elles.
La question mérite d’être posée sans détour : comment un regroupement politique peut-il contester des résultats issus d’un processus auquel ses principaux membres ont volontairement refusé de participer ? En choisissant la politique de la chaise vide, le BRDC et certains partis qui le composent ont pris une décision politique assumée. Mais cette décision a un prix : celui de l’auto-exclusion du jeu démocratique. En démocratie, on ne peut à la fois refuser le scrutin et prétendre en dicter l’issue.
Les résultats provisoires proclamés par l’ANE s’inscrivent dans un cadre légal clair, défini par la Constitution et les lois de la République. L’ANE n’est pas une structure partisane, mais une institution républicaine investie d’une mission précise : organiser les élections et en publier les résultats provisoires. En cas de contestation, la loi prévoit des voies de recours bien établies, notamment devant les juridictions compétentes. En dehors de ce cadre, toute contestation relève davantage de l’agitation politique que d’une démarche démocratique responsable.
Ce qui inquiète, au-delà des déclarations du BRDC, c’est la récurrence de ce scénario dans l’histoire politique centrafricaine. Trop souvent, les périodes postélectorales deviennent des moments de tension extrême, alimentés par des discours de rejet systématique des institutions. Or, l’expérience a montré que ces contestations inutiles, lorsqu’elles ne reposent ni sur la participation au scrutin ni sur des recours légaux, ouvrent la voie à l’instabilité, à la méfiance généralisée et, parfois, à des crises aux conséquences lourdes pour la population.
Il convient de le rappeler avec fermeté : la République centrafricaine est un État de droit. Sa solidité repose sur le respect de ses institutions, même lorsque leurs décisions déplaisent à certains acteurs politiques. Contester est un droit, mais contester dans le cadre de la loi est un devoir. S’attaquer à l’ANE, remettre en cause ses décisions sans preuves légalement établies, ou chercher à délégitimer l’ensemble du processus électoral par des déclarations politiques, revient à fragiliser l’édifice institutionnel que le pays s’efforce de reconstruire depuis des années.
Le BRDC, qui se réclame de la défense de la Constitution, gagnerait à méditer le sens profond de cet engagement. Défendre la Constitution, ce n’est pas seulement invoquer ses principes lorsque cela sert une stratégie politique ; c’est aussi respecter les institutions qu’elle consacre et les mécanismes qu’elle prévoit pour le règlement des différends. À défaut, le discours constitutionnel se vide de sa substance et se transforme en simple outil de pression politique.
L’opposition a toute sa place dans une démocratie pluraliste, mais cette place s’exerce dans la responsabilité et la cohérence. La Centrafrique ne peut plus se permettre de revivre, après chaque élection, des cycles de contestations stériles qui freinent la stabilité et le développement. Le pays a besoin d’une classe politique consciente que l’intérêt supérieur de la Nation doit primer sur les calculs partisans.
L’heure est donc à l’interpellation : le BRDC doit choisir entre l’agitation et la République, entre la rue et les institutions, entre la posture de défi et le respect de l’État de droit. Plus jamais la Centrafrique ne doit être prise en otage par des contestations postélectorales sans fondement institutionnel. La démocratie ne se construit pas dans le refus des règles, mais dans leur respect, même lorsqu’elles sont contraignantes.
