Par Mauricette Edwige Walanda
Bangui, 02 février 2026 – (Éclipse d’Afrique): Le dossier dit de Bossembélé franchit un cap crucial avec son renvoi devant la section d’assises de la Cour pénale spéciale (CPS). Cette étape marque le début d’une phase intense dans la procédure visant à traduire devant la justice François Bozizé Yangouvonda, ancien président de la République centrafricaine, aujourd’hui réfugié en Guinée-Bissau. La Cour entend explorer toutes les voies légales pour obtenir son extradition et garantir que ce procès emblématique puisse se tenir dans le respect de la loi et des droits fondamentaux.
Pour l’heure, la CPS doit composer avec une difficulté majeure : il n’existe pas d’accord formel d’extradition entre la République centrafricaine et la Guinée-Bissau. Gervais Opportun Bodagay, porte-parole de la Cour, explique : « Il n’y a pas d’accord d’extradition entre notre pays et celui où se trouve François Bozizé. Mais nous avons entamé les démarches. Si les autorités du pays d’accueil refusent l’extradition, la CPS se réserve le droit de recourir à d’autres moyens pour remplir son mandat. »
Cette position traduit la détermination de la Cour à ne pas laisser l’impunité s’installer. Depuis sa création, la CPS a pour mission de juger les auteurs présumés de crimes graves sur le territoire centrafricain, offrant ainsi une réponse judiciaire aux victimes et à la société dans son ensemble. Le dossier Bossembélé est l’un des plus médiatisés et symboliques dans ce combat pour la justice et la réconciliation nationale.
Parallèlement à la procédure devant la CPS, François Bozizé fait également l’objet de poursuites devant la Cour pénale internationale (CPI) pour de possibles crimes contre l’humanité, ainsi que devant certaines juridictions nationales. Cette situation pourrait sembler compliquer le paysage judiciaire, mais la Cour assure qu’il n’y aura pas de conflit de compétences. « Il existe des passerelles de collaboration entre le procureur de la CPI et celui de la CPS », précise Gervais Opportun Bodagay. « Ce qui importe, c’est que les auteurs de crimes graves soient poursuivis et jugés dans le cadre d’un procès équitable, que ce soit devant la CPS, la CPI ou les juridictions nationales. »
Le calendrier du procès reste encore à confirmer. Selon une source proche de la CPS, les audiences pourraient débuter en avril 2026, avec ou sans la présence de François Bozizé à la barre. Dans tous les cas, la Cour se dit prête à poursuivre la procédure, démontrant ainsi son engagement à appliquer la justice indépendamment des obstacles politiques ou diplomatiques.
Ce dossier représente bien plus qu’une affaire judiciaire : il est un symbole de la volonté de la République centrafricaine de faire respecter la loi et de lutter contre l’impunité. La tenue de ce procès, quel que soit le contexte, sera un test important pour la crédibilité de la CPS et pour la confiance que les Centrafricains peuvent placer dans leurs institutions. L’issue de cette procédure pourrait aussi renforcer la coopération entre les juridictions nationales et internationales dans la lutte contre les crimes graves et établir un précédent pour les affaires futures.
Dans un pays où l’histoire récente a été marquée par les violences et les violations des droits humains, la tenue du procès Bossembélé constitue une étape majeure vers la justice et la réconciliation. La communauté nationale et internationale suit de près l’évolution de ce dossier, qui pourrait sceller le rôle central de la CPS dans la lutte contre l’impunité et la protection des droits des victimes en République centrafricaine.
