Par Belvia Espérance
Bangui, 11 août 2026 — La République centrafricaine et la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en Centrafrique (MINUSCA) entament une nouvelle étape de leur partenariat avec la mise en place d’un processus conjoint de planification de la transition. Les autorités centrafricaines insistent toutefois sur un point : cette démarche ne signifie pas le retrait immédiat de la mission onusienne du pays.
Prenant la parole lors d’une réunion de haut niveau consacrée à ce processus, le Premier ministre Félix Moloua a tenu à clarifier la nature de l’exercice. Il s’agit, selon lui, de préparer la transition et non d’annoncer le départ de la MINUSCA, qui demeure présente aux côtés de la République centrafricaine.
Le chef du gouvernement a également salué le travail accompli par la mission des Nations unies en matière de stabilisation et de consolidation de la paix, tout en soulignant la nécessité de préparer progressivement la reprise par l’État de certaines responsabilités.
Une démarche inscrite dans une dynamique internationale
Le discours de Valentine rappelle que la planification de cette transition découle d’une instruction du Conseil de sécurité des Nations unies. Le processus prévoit notamment la présentation, d’ici au 15 septembre, d’un état des progrès accomplis en matière de transfert des responsabilités ainsi que de la planification du transfert de certaines tâches liées à la consolidation de la paix et de la stabilité en République centrafricaine.
Pour les Nations unies, cette démarche s’inscrit dans la logique des opérations de maintien de la paix, dont la durée est par nature limitée. Elle intervient également dans un contexte où les progrès réalisés par les autorités centrafricaines et leurs partenaires permettent d’envisager une reprise graduelle de certaines responsabilités régaliennes par l’État, notamment dans les domaines de la sécurité, de la protection des civils et du renforcement de l’autorité de l’État.
La planification est ainsi présentée comme une évolution du partenariat entre le gouvernement centrafricain et la MINUSCA, plutôt que comme une rupture.
Préserver les acquis de la paix
Le succès de cette démarche devra toutefois reposer sur plusieurs conditions. Valentine insiste notamment sur la nécessité de tenir compte des réalités nationales et régionales, de préserver les acquis enregistrés dans les domaines de la paix, de la sécurité, de la stabilité institutionnelle et de l’extension de l’autorité de l’État.
L’appropriation nationale et la collaboration étroite entre les autorités centrafricaines et la MINUSCA constituent également des éléments essentiels du processus. Cette approche intervient après plusieurs avancées citées dans le discours, notamment la mise en œuvre de l’accord politique de paix et de réconciliation, les opérations de démobilisation et de désarmement ainsi que les échéances électorales de 2025-2026. Ces résultats sont présentés comme des éléments permettant aujourd’hui d’envisager une nouvelle phase dans la consolidation de la stabilité du pays.
Vers un transfert graduel des responsabilités
La dynamique est déjà matérialisée par certaines actions préparatoires. Le discours évoque notamment la mise en place d’un comité interministériel chargé d’accompagner le processus ainsi que le transfert de certaines infrastructures auparavant utilisées par la MINUSCA aux autorités nationales.
Un comité technique mixte, associant des représentants du gouvernement, de la MINUSCA et d’autres acteurs du système des Nations unies, travaille également sur les différentes étapes du processus.La méthode retenue repose notamment sur plusieurs questions : ce qui a déjà été accompli, les tâches qui restent à réaliser, les responsabilités pouvant être transférées et les échéances auxquelles ces transferts pourraient intervenir. L’objectif est de faire reposer les recommandations sur les réalités du terrain et sur les capacités techniques disponibles.
Une transition qui se veut progressive et responsable
Les Nations unies appellent néanmoins à inscrire ce travail dans la durée. La présentation du rapport du Secrétaire général prévue le 15 septembre ne devrait pas constituer la fin du processus de planification. Celui-ci doit se poursuivre de manière concertée afin de garantir que la transition ne compromette pas les acquis obtenus en matière de stabilisation.
Le transfert des responsabilités devra par ailleurs être pragmatique et tenir compte des capacités réelles de l’État centrafricain. Le discours souligne que le gouvernement ne saurait être le seul acteur de cette évolution et que les agences des Nations unies, les institutions financières internationales ainsi que les partenaires bilatéraux et multilatéraux pourront également contribuer au processus.
Pour les autorités centrafricaines comme pour leurs partenaires onusiens, l’enjeu est donc de préparer une transition graduelle, responsable et adaptée aux réalités du terrain, tout en consolidant les acquis de la paix et de la stabilité.
À ce stade, le message porté conjointement par le gouvernement et la MINUSCA est sans ambiguïté : la planification de la transition constitue une étape préparatoire au transfert progressif de certaines responsabilités ; elle ne correspond pas, en elle-même, à un retrait immédiat de la mission des Nations unies.
