Par Arnold Ange FINMINI
Bangui, 1er septembre 2026 – (Eclipse d’Afrique): Bienvenu Ngaro, témoin non protégé, a comparu ce vendredi 28 août 2026 devant la Cour pénale spéciale (CPS), dans le cadre de l’affaire dite « Bossembélé ». Ce procès concerne notamment l’ancien président François Bozizé ainsi que ses coaccusés Vianney Semdjiro, Junior Danboy et Eugène Ngaïkosset.
L’audience s’inscrit dans le cadre des événements liés notamment à l’incendie du supermarché Rayan et aux faits survenus autour de l’immeuble Bangui 2000, dans la nuit du 9 au 10 juin 2010.Arrêté après l’incendie du supermarché RayanDans son témoignage, Bienvenu Ngaro est principalement revenu sur son arrestation et ses conditions de détention.
Selon ses déclarations, au moment de l’incendie du supermarché Rayan, il se trouvait à son domicile. Il travaillait alors chez Maître Balembi, dans l’immeuble Bangui 2000. Quelques jours après les faits, il aurait appris la nouvelle de l’incendie par téléphone.
Par la suite, lui et deux de ses collaborateurs auraient été interpellés et conduits à la Section de recherches et d’investigations (SRI). Après leur audition, ils auraient été placés en détention sur la base d’accusation, notamment de l’incendie volontaire de supermarché Rayan en 2010.
Après trois jours passés à la SRI avec d’autres personnes liées au personnel du supermarché Rayan, Bienvenu Ngaro affirme avoir été transféré au camp militaire de Bossembélé. Le convoi aurait été escorté par plusieurs véhicules transportant des militaires armés.
Le témoin a décrit son arrivée à Bossembélé comme un moment difficile. Selon lui, des propos menaçants auraient été prononcés à leur encontre. Il rapporte notamment que certains militaires leur auraient déclaré :
« Vous avez incendié le supermarché Rayan, c’est à nous maintenant de vous torturer et de voir votre sang. ».
Bienvenu Ngaro affirme avoir passé un an et quatre mois en détention à Bossembélé. Il décrit des conditions qu’il qualifie d’inhumaines. Selon son témoignage, une petite cellule pouvait accueillir jusqu’à quinze détenus. Il affirme également que les cellules étaient infestées de poux, de punaises, de cafards, de scorpions et, parfois, de serpents.
Les détenus pouvaient, selon lui, passer plusieurs jours, voire une semaine, sans pouvoir se laver.
Toutefois, une partie importante du témoignage de Bienvenu Ngaro concerne le comportement du capitaine Vianney Semdjiro, aujourd’hui accusé dans cette affaire. Le témoin a affirmé que, sous le commandement de Vianney Semdjiro, les détenus n’étaient pas victimes de brutalités de sa part.
Selon lui, le capitaine Semdjiro donnait parfois des instructions à ses éléments afin de permettre aux prisonniers de sortir pour se laver. « Il n’a jamais donné l’ordre de nous faire du mal ou de nous maltraiter », a déclaré le témoin devant la Cour.
Bienvenu Ngaro a également affirmé que les détenus disposaient notamment d’un plat et d’un gobelet et que leurs droits étaient, selon lui, respectés sous le commandement du capitaine Semdjiro. Le témoin a décrit Vianney Semdjiro comme une personne « bienveillante et indulgente » envers les détenus.
Il a notamment déclaré que le capitaine lui permettait de recevoir sa famille lorsque celle-ci venait lui rendre visite. « Il nous respectait », a-t-il déclaré en substance.
En revanche, Bienvenu Ngaro a mis en cause un certain Yaya, qu’il accuse d’avoir infligé des mauvais traitements à certains détenus. Selon son témoignage, cet homme aurait été responsable de violences et de traitements qu’il qualifie d’inhumains.
Ces déclarations ont été suivies avec une attention particulière par la défense de Vianney Semdjiro, dans la mesure où le témoin a clairement distingué le comportement de l’accusé de celui d’autres personnes présentes sur le site de Bossembélé.
Interrogé sur la mort de Charles Massi, Bienvenu Ngaro a déclaré n’avoir jamais entendu parler de lui durant sa période de détention à Bossembélé.
En revanche, il affirme avoir été témoin de la mort d’une femme âgée, accusée, selon lui, de sorcellerie. D’après son témoignage, cette femme aurait été violemment battue avant de succomber à ses blessures.
Le témoignage de Bienvenu Ngaro apporte un nouvel éclairage sur les conditions de détention à Bossembélé et sur les responsabilités individuelles des différentes personnes impliquées dans cette affaire. Il n’est d’ailleurs pas le premier témoin à présenter Vianney Semdjiro comme un capitaine ayant fait preuve de bienveillance envers certains détenus.
Plusieurs témoignages entendus dans cette affaire ont, selon les débats, évoqué positivement son comportement. Toutefois, il appartiendra uniquement à la Cour pénale spéciale d’apprécier l’ensemble des témoignages, des preuves et des responsabilités individuelles de chaque accusé avant de rendre son verdict.
La question reste donc posée : les témoignages favorables à Vianney Semdjiro pourront-ils avoir une influence sur l’appréciation de sa responsabilité pénale et sur la décision finale de la Cour ? Seule la décision des juges permettra d’apporter une réponse définitive à cette question.
