Centrafrique : Mahamat Saïd Abdel Kani reconnu coupable de crimes contre l’humanité par la Cour Penale Internationale
Par Arnold Ange FINMINI Bangui, 24 septembre 2026 - (Éclipse d’Afrique) : La Cour pénale internationale (CPI) a rendu ce mercredi son verdict dans l’affaire Mahamat Saïd Abdel Kani. L’ancien commandant de la Séléka a été reconnu coupable de plusieurs crimes contre l’humanité commis à Bangui en 2013. La décision a été rendue par la Chambre de première instance VI de la CPI après plusieurs années de procédure. Les juges ont conclu, au-delà de tout doute raisonnable, que Mahamat Saïd Abdel Kani était responsable de crimes commis entre le 12 avril et le 30 août 2013 dans les locaux de l’Office Central de Répression du banditisme (OCRB), à Bangui. Il a été reconnu coupable d’emprisonnement ou d’autres formes de privation grave de liberté physique, de torture, de persécution et d’autres actes inhumains, constitutifs de crimes contre l’humanité. La Cour a retenu sa responsabilité en qualité de coauteur direct, en raison de son rôle de commandement au sein de la Séléka et de ses fonctions à l’OCRB. Selon les éléments examinés par la Cour, plusieurs personnes détenues dans les locaux de l’OCRB ont subi des violences et des mauvais traitements. Au cours du procès, des victimes et des témoins ont décrit les conséquences physiques et psychologiques de leur détention. La Chambre a également souligné les souffrances et les traumatismes laissés par ces faits. Pour les victimes, les conséquences de ces violences continuent d’avoir des effets sur leur vie quotidienne et celle de leurs familles. Néanmoins, Mahamat Saïd Abdel Kani n’a pas été reconnu coupable des crimes de guerre qui lui étaient reprochés. La Chambre a considéré que les éléments de preuve présentés ne permettaient pas d’établir sa culpabilité au-delà de tout doute raisonnable pour les faits concernés. Le verdict rendu ce mercredi ne fixe pas encore la peine de l’ancien commandant de la Séléka. La Chambre de première instance doit désormais déterminer la sanction qui lui sera imposée. Une audience consacrée à cette étape est prévue ultérieurement. La Défense et l’Accusation disposent également d’un délai de 30 jours pour faire appel du jugement. La procédure prévoit par ailleurs des mesures de réparation en faveur des victimes pour les crimes dont Mahamat Saïd Abdel Kani a été reconnu coupable. Le procès avait débuté le 26 septembre 2022 à La Haye, aux Pays-Bas. L’Accusation a présenté ses moyens de preuve jusqu’en novembre 2024. La Défense a ensuite présenté ses propres éléments entre mars et septembre 2025. Les conclusions finales des parties ont été entendues du 25 au 27 novembre 2025. Au total, 130 audiences ont été consacrées à cette affaire. La Chambre a entendu 58 témoins de l’Accusation et trois témoins de la Défense. Quelque 3 863 éléments de preuve ont été versés au dossier. Trente-deux victimes ont été autorisées à participer à la procédure. Arrêté en République centrafricaine puis remis à la CPI le 24 janvier 2021, Mahamat Saïd Abdel Kani était poursuivi pour des crimes présumés commis à Bangui en 2013. Son procès s’est inscrit dans le cadre de la deuxième situation concernant la République centrafricaine examinée par la CPI. Avec ce jugement, la procédure judiciaire franchit une nouvelle étape. La Cour doit maintenant se prononcer sur la peine, tandis que les parties disposent de la possibilité de faire appel. Pour les victimes, l’enjeu se poursuit également avec la future procédure de réparation. Le dossier Mahamat Saïd Abdel Kani rappelle ainsi que, plus d’une décennie après les violences de 2013, les procédures judiciaires continuent de rechercher des réponses aux crimes commis et à leurs conséquences sur les victimes.
