Par : Moussa Antony Dufélien.
Dans un communiqué conjoint rendu public ce lundi 22 septembre 2025, les gouvernements du Burkina Faso, du Mali et du Niger ont annoncé leur retrait immédiat du Statut de Rome, texte fondateur de la Cour pénale internationale (CPI). Cette décision marque une rupture nette avec une juridiction que les États de la Confédération des États du Sahel (AES) accusent de partialité, d’inefficacité et de néocolonialisme judiciaire.
Une décision souveraine et politique
Depuis plusieurs mois déjà, la nouvelle Confédération Africaine des Etats du Sahel ne cesse de faire entendre sa voix et son mécontentement face au néocolonialisme et à l’injuste. Après avoir rompu avec la CEDAO et ses corollaires c’est maintenant avec la plus grande institution judiciaire internationale : la CPI. Les trois États, membres fondateurs de la Confédération AES, affirment avoir agi de manière souveraine. Le communiqué rappelle que le Burkina Faso, le Mali et le Niger avaient respectivement ratifié le Statut de Rome en 2004, 2000 et 2002, coopérant depuis lors avec la CPI selon les règles et accords établis mais aujourd’hui, la donne a changé : « Cette juridiction s’est transformée en instrument de répression néocolonial aux mains de l’impérialisme ». Dénonce le texte.
Une justice jugée sélective et inefficace
Au cœur de cette décision des États de l’AES : la sélectivité des poursuites de la CPI et sa partialité. Le communiqué accuse la Cour de fermer les yeux sur des crimes graves, notamment les crimes de guerre, crimes contre l’humanité et crimes de génocide, tout en s’acharnant contre certains acteurs selon une logique géopolitique biaisée : « La CPI s’est montrée incapable de juger des crimes avérés. Elle observe un mutisme déroutant à l’égard des auteurs de ces crimes tout en violant son propre Statut », peut-on lire.
Vers des mécanismes de justice endogènes
En se retirant du Statut de Rome, les États de l’AES affirment vouloir reprendre le contrôle de leur système judiciaire et a partir de là bâtir des mécanismes de justice adaptés à leurs réalités et valeurs : « Les États membres de l’AES décident de recourir à des mécanismes endogènes pour la consolidation de la paix et de la justice. ». Cette initiative s’inscrit dans un mouvement plus large de reconquête de la souveraineté politique, sécuritaire et juridique, amorcé depuis la création de la Confédération AES en 2023. Si aujourd’hui certains États Africains manquent de courage et de l’audace, l’AES par contre démontre clairement son mécontentement vis à vis de cette cour injuste.
Un engagement pour les droits humains réaffirmé
Tout en rompant avec la CPI, les États concernés tiennent à rassurer la communauté internationale : leur retrait ne signifie pas un abandon des droits humains, mais une volonté de les garantir autrement : « Les États de l’AES réaffirment leur volonté d’assurer la promotion et la protection des droits de l’Homme en adéquation avec leurs valeurs sociétales ». Ils assurent également leur volonté de coopération dans d’autres cadres jugés plus respectueux de leur souveraineté.
Un signal fort sur la scène internationale
Cette annonce représente une prise de position forte dans le paysage diplomatique africain et international. Si d’autres pays ont déjà menacé ou tenté de se retirer de la CPI, la décision de l’AES pourrait encourager une dynamique de désengagement plus large en Afrique, où la CPI est régulièrement critiquée pour son ciblage quasi-exclusif de dirigeants africains et pour son laxisme aiguë à traiter les affaires.
Avec ce retrait coordonné, l’AES envoie un message clair : l’Afrique peut et doit juger selon ses propres normes. Reste à savoir si d’autres États du continent suivront cette voie, et comment la communauté internationale réagira-t-elle à cette rupture politique majeure avec une institution phare du droit international.
