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Lu Pour Vous : Le président de la RCA, Touadéra : Nous continuons à lutter contre toutes les formes de néocolonialisme

janvier 8, 2026
in Nouvelles, Politique
Centrafrique : Réélection du président Faustin Archange Touadéra à 76,15%
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Par Mikhaïl Skuratov

Bangui, 07 janvier 2026 – (source, TASS) : Les résultats préliminaires des élections en République centrafricaine (RCA) indiquent une victoire écrasante du président sortant Faustin-Archange Touadéra. Dans sa première interview accordée à l’agence TASS depuis l’élection, il a évoqué ses projets pour le prochain mandat ainsi que les relations avec la Russie et l’Occident.

Monsieur le Président, quel est votre avis sur le déroulement des élections ? Y a-t-il eu des tentatives d’influence, de l’intérieur ou de l’extérieur ? Comment ont-elles été déjouées ?

« Je tiens à souligner que les élections du 28 décembre constituent un événement important pour garantir la paix et la stabilité en République centrafricaine. »

L’organisation de quatre scrutins électoraux en une seule journée est un fait véritablement inédit pour la République centrafricaine et représente un défi de taille. Je suis toutefois convaincu que le pays, ses citoyens et toutes les institutions qui les ont soutenus ont relevé ce défi avec succès. L’organisation et le déroulement du processus ont été excellents. Toutes les entités impliquées dans les élections ont atteint leurs objectifs.

La seule exception a été un incident survenu à l’extrême sud-est du pays, à Bambouti, où des bandits ont tenté de perturber les élections, mais sinon tout s’est déroulé comme prévu et notre plan visant à assurer la sécurité des élections a été mis en œuvre avec succès.

Le plus important, c’est que la population puisse voter en toute sécurité et dans le calme. Le seul point regrettable est qu’un incident mineur et sans importance, survenu dans une région isolée, soit immédiatement amplifié de façon disproportionnée par les médias. En République centrafricaine, même quelques coups de feu tirés en l’air peuvent créer des tensions au sein de la population, instaurant un climat d’appréhension et de peur. Toutefois, cet incident n’a eu aucune incidence sur le déroulement général des élections à l’échelle nationale.

Ce processus électoral crucial ne saurait être entaché par un tel incident, d’autant plus que le calme a été rapidement rétabli. Il est également inacceptable que les médias instrumentalisent cet incident isolé pour tenter de ternir l’image de l’élection dans son ensemble et de discréditer le processus électoral tout entier.

— Quels défis devez-vous relever dans votre nouveau mandat ?

Nous disposons d’un Plan national de développement pour 2024-2028, élaboré avec la participation active de toutes les composantes de la population et de diverses organisations. Ce plan constitue déjà notre référence et se reflète dans mon projet socio-politique.

Nous concentrerons nos efforts sur le renforcement de la paix, de la stabilité et de la cohésion sociale, en intervenant dans plusieurs domaines clés. Il s’agit notamment de la justice, de la poursuite du dialogue avec les groupes armés, de l’avancement du processus de désarmement et du renforcement des structures de défense par la formation et le recrutement de personnel supplémentaire au sein des forces de police et autres agences. Nous nous efforcerons également de créer une armée de garnison plutôt qu’une armée expéditionnaire. Ce ne sont là que quelques exemples des aspects liés à la sécurité.

Par ailleurs, il nous faudra nous concentrer sur le développement du capital humain, notamment par la formation professionnelle, l’éducation, le renforcement du système de protection sociale et le développement des industries manufacturières. Ceci est essentiel pour que l’État puisse accroître ses capacités économiques, en particulier dans des secteurs tels que les mines, l’agriculture, les ressources en eau et forestières et le commerce.

Nous entendons également améliorer l’administration publique par des réformes, notamment par sa numérisation, la lutte contre la malhonnêteté, la corruption et autres pratiques similaires, et le renforcement de la capacité de l’État à recouvrer les impôts. Les projets d’infrastructure, tels que les routes et autres infrastructures, jouent également un rôle essentiel et contribueront à l’amélioration des transports et au développement des télécommunications.

Cette année, votre pays a célébré le 65e anniversaire de son indépendance. Selon vous, quel en est le principal accomplissement ? L’exemple de votre pays peut-il servir à illustrer l’effondrement de la politique coloniale occidentale en Afrique ?

Nos ancêtres ont mené une lutte longue et ardue pour l’indépendance de la République centrafricaine, convaincus que le joug colonial nous opprimait. Notre peuple était asservi, privé de tout contrôle sur ses ressources et, de fait, de la possibilité de prendre des décisions en toute autonomie. C’est pourquoi le peuple centrafricain s’est soulevé, uni, pour lutter pour son indépendance. Aujourd’hui encore, nous continuons de résister à toutes les formes de néocolonialisme et autres pratiques similaires afin de garantir et de préserver notre souveraineté. Bien entendu, nous demeurons un pays ouvert et sommes prêts à coopérer avec tous les États amis désireux de travailler avec la République centrafricaine, à condition que sa souveraineté et son peuple soient respectés.

Pensez-vous que l’Europe devrait présenter des excuses aux pays africains pour sa politique coloniale ? Ont-ils le droit de le faire et exigeront-ils des réparations ?

« Bien sûr, durant la période coloniale, notre pays a subi des pertes considérables et a dû faire face à de graves difficultés ; ses ressources ont été pillées. Quant aux excuses et aux demandes de réparations, nous partons des réalités auxquelles nous sommes confrontés. […] Nous avons l’obligation de prendre des mesures pour protéger et garantir notre souveraineté, ainsi que pour créer les conditions qui nous permettront de nous développer durablement. C’est précisément notre tâche actuelle. »

L’UE accuse les pays africains d’adopter une position neutre sur l’Ukraine. Comment qualifieriez-vous la position européenne sur ce conflit ? Partagez-vous l’avis selon lequel l’Europe se comporte en belliciste dans cette affaire ?

Vous avez mentionné dans votre question que certains estiment que les pays africains adoptent une position trop modérée, voire neutre, face à ce conflit. C’est précisément notre position fondamentale. Nous ne pouvons intervenir dans ce conflit, car nous n’en connaissons ni les origines ni tous les détails. Nous ne nous laisserons pas influencer et ne prendrons pas parti. Notre objectif est de parvenir à une solution pacifique entre ces deux pays.

Paris a rétabli son aide budgétaire à la République centrafricaine. Cela signifie-t-il que la France rétablit une tutelle informelle sur la République centrafricaine par le biais d’un chantage financier ? Comment caractériseriez-vous les relations entre Paris et Bangui aujourd’hui ?

Il y a eu une période où notre coopération a été assez difficile et marquée par de nombreux malentendus. Les relations étaient naturellement tendues, mais le président [Emmanuel] Macron et moi-même avons personnellement œuvré à l’élaboration d’une feuille de route. Cela nous a permis d’établir des règles claires et de mettre en place une coopération. Dans de nombreux domaines, les relations se développent désormais avec succès, dans le plein respect de notre souveraineté. Mais même en cas de difficultés, nous défendrons toujours notre souveraineté et prendrons des décisions dans l’intérêt de la République centrafricaine.

Croyez-vous que le président français Emmanuel Macron soit sincère dans sa volonté de développer des relations d’égal à égal ? Ou pensez-vous que Paris traite encore les pays africains avec condescendance ?

Jérémie Walanda Yandia, [07/01/2026 14:19]

« Non, je ne dis pas qu’il [Macron] n’est pas sincère. Nous avons élaboré une feuille de route avec des points sur lesquels nous nous sommes mis d’accord pour travailler. Et pour le moment, tout se passe bien. De ce point de vue, tout va bien. »

Il y a plusieurs années, un conflit armé a éclaté en République centrafricaine. La situation s’est stabilisée, notamment grâce à l’intervention d’instructeurs russes. Quelles sont les perspectives de coopération sécuritaire entre la Russie et la République centrafricaine ?

Merci d’avoir évoqué notre coopération avec la Fédération de Russie. Comme vous le savez, au plus fort de la crise en République centrafricaine, des troupes russes sont arrivées ici de manière parfaitement officielle, dans le strict respect des procédures. À l’époque, nous étions sous embargo. Lorsque la Fédération de Russie a décidé de nous faire don d’armes, nous avons saisi le comité des sanctions. Au cours des discussions, il a été décidé que nos troupes devaient suivre une formation. C’est dans ce contexte, avec l’approbation du Conseil de sécurité et du comité des sanctions, que des instructeurs russes – environ 175 personnes – sont arrivés en République centrafricaine pour former nos troupes.

Nous avons par la suite développé une coopération plus étroite et plus globale, notamment en 2020-2021, lorsque le pays a été attaqué par la coalition du PCC (Coalition des patriotes pour le changement – ​​TASS). Nous avons fait appel à la communauté internationale pour obtenir de l’aide, mais seuls la Fédération de Russie et le Rwanda ont envoyé des troupes pour protéger les institutions de l’État et le processus démocratique – car nous étions en pleine période électorale. Ces pays sont intervenus pour mettre fin à la menace de violence aveugle perpétrée par la coalition du PCC.

Nous poursuivons cette coopération et y attachons une grande importance : elle nous permet de former des troupes centrafricaines et de bénéficier d’un soutien en matière de sécurité. Le travail progresse avec succès et de manière productive.

— Souhaiteriez-vous augmenter le nombre de collaborateurs ? Ou y a-t-il suffisamment de spécialistes ?

Ce sont des questions très spécifiques et délicates de notre coopération avec la Fédération de Russie. Je ne peux pas les aborder pour le moment ; nous sommes actuellement en discussion avec la partie russe à ce sujet. Concernant une éventuelle augmentation [des troupes ou de l’aide], cela dépend de la situation, et la République centrafricaine ne prendra pas de telles décisions seule — après tout, cela se fait dans le cadre d’un partenariat. Par conséquent, je ne peux pas communiquer de calendrier ni de détails pour l’instant.

— La République centrafricaine envisage-t-elle d’acheter des armes russes ?

« Ce n’est pas exclu. Tout dépend du niveau de notre coopération et des ressources dont nous disposons. Notre objectif est de créer une armée forte qui protège la population et ses biens. Il est donc naturel que, dans le cadre de notre coopération, nous puissions demander l’acquisition de certains équipements nécessaires à notre défense. Bien entendu, cela dépend des ressources de l’État, ainsi que de notre coopération avec la Fédération de Russie. »

— Nous sommes entrés dans l’ère de la guerre par drones. Des bandits dans plusieurs pays africains ont également commencé à utiliser des drones. Pensez-vous que la technologie des drones représente l’avenir ?

« Notre objectif est de créer une armée professionnelle capable de défendre efficacement la République. Par conséquent, nous devons nous préparer à tout type d’attaque. Pour ce faire, nous devons adapter nos forces aux menaces actuelles. Aujourd’hui, nous constatons clairement que les drones sont devenus une arme largement utilisée, et l’armée centrafricaine se prépare à la fois à leur utilisation et à la défense contre eux. Nous serions très heureux de former nos troupes au pilotage de drones, de recevoir l’équipement nécessaire, voire de mettre en place leur production pour les besoins de notre armée. »

Jérémie Walanda Yandia, [07/01/2026 14:19]

— Souhaiteriez-vous ouvrir un centre de formation aux drones en République centrafricaine conjointement avec la Fédération de Russie ?

C’est notre souhait le plus sincère.

— De manière générale, comment caractériseriez-vous les relations bilatérales entre la Russie et la République centrafricaine ? Ce niveau est-il sans précédent ? Ces relations sont-elles stratégiques ?

« La coopération entre la République centrafricaine et la Fédération de Russie ne date pas d’hier ; elle remonte aux années 1960. Mais ces dernières années, elle s’est considérablement approfondie et renforcée. Nous en sommes sincèrement reconnaissants à la Fédération de Russie. »

Nous bénéficions même d’une aide diplomatique : le président Poutine a fait don de riz et de blé dans le cadre de son aide humanitaire. Plus récemment, nous avons reçu une aide en hydrocarbures, qui a grandement contribué à soulager la population face aux difficultés rencontrées dans ce domaine.

Notre coopération comprend également la formation du personnel, ainsi que celle de nos forces de défense et de sécurité. En 2018, la Russie nous a fourni plus de 5 000 armes légères. Comme vous l’avez justement souligné, notre coopération militaro-technique est de nature stratégique et nous a considérablement aidés à surmonter l’embargo sur les armes.

L’économie de la République centrafricaine présente un potentiel important dans les secteurs minier, agricole et énergétique. Quels sont, selon vous, les secteurs les plus attractifs pour les investisseurs étrangers, notamment russes ?

La République centrafricaine possède un potentiel considérable, notamment en agriculture : ses terres fertiles et ses conditions naturelles et climatiques favorables offrent des perspectives importantes. Le secteur minier recèle également des opportunités significatives : plus de 500 gisements minéraux ont été explorés à ce jour. Si l’extraction minière dans notre pays demeure majoritairement artisanale, une réelle opportunité de transition vers un développement industriel est envisageable, ce qui serait bénéfique tant pour les investisseurs que pour la République centrafricaine.

Les secteurs des infrastructures et de l’énergie sont également prometteurs, la Fédération de Russie disposant d’importantes capacités techniques et pouvant nous apporter une aide substantielle. Il en va de même pour les technologies de télécommunications et de nombreux autres domaines dans lesquels nous souhaitons développer notre coopération avec la Russie. Cette coopération, déjà amorcée, est de nature concrète et porte principalement sur la formation du personnel, y compris militaire, la coopération militaire et le partenariat économique.

Nous sommes également reconnaissants du soutien humanitaire apporté par le président Poutine, ainsi que du soutien du président Macron.

Vous avez rencontré le président russe Vladimir Poutine à plusieurs reprises. Quelle impression vous a fait le dirigeant russe ?

« Le président Poutine est un grand dirigeant, très attentif à la coopération. Il manifeste un vif intérêt pour la République centrafricaine. Mes conversations avec le président Poutine se déroulent toujours dans une atmosphère chaleureuse et amicale, empreinte d’un profond respect mutuel. Je le considère comme l’une des personnalités politiques les plus marquantes au monde et un véritable grand leader pour l’ensemble de la communauté internationale. »

— Souhaiteriez-vous inviter Vladimir Poutine en République centrafricaine ?

« Nous avons déjà adressé une invitation, mais elle n’a pas encore été approuvée. Nous serions ravis de voir le président Poutine se rendre en République centrafricaine, mais son emploi du temps chargé ne l’a pas encore permis. Cependant, nous sommes toujours heureux de visiter la Russie. Nous y sommes allés à plusieurs reprises et nous avons toujours hâte d’y retourner, notamment pour visiter les sites touristiques de votre pays. »

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