Par Socrates Fibanga
Bangui, 21 mai 2026-(Eclipse d’Afrique) : en marge d’une réunion ministérielle des BRICS à New Delhi en Inde le 15 mai dernier, le chef de la diplomatie russe a répondu sans ambages au propos indécents tenus du Président Français Emmanuel Macron à Nairobi lors du Sommet Africa Forward qui qualifie la Russie de véritable colonisateur du XXIe siècle. Sergueï Lavrov a affirmé que personne, mieux que les français, sait ce que c’est que le colonialisme.
« Qui mieux que les français, sait ce qu’est le véritable colonialisme ? », c’est par ces propos que le ministre russe des affaires étrangères a tenu à répondre aux propos accusatoires et infondés du président français qui semble faire fi du lourd passé colonialiste de son pays dans le monde et qui tente de blanchir l’Europe pour la présenter comme un partenaire non prédateur de l’Afrique. Loin de relever d’une simple rhétorique, le chef de la diplomatie russe a choisi le terrain de la mémoire pour rappeler à l’ordre Macron.
Il a évoqué que lors d’un échange il y’a 5 ans plutôt à New-York avec le haut-représentant de l’UE, Joseph Borell, le ministre français des affaires étrangères Jean-Yves Ledrian, en marge d’une Assemblée Générale des Nations-Unies, ces derniers s’étaient plaints du soutien apporté par Moscou à Bamako et lui auraient signifié que le Sahel et plus généralement l’Afrique relevait de l’Europe.
Lavrov affirme avoir répondu qu’il existait certes, d’anciennes possessions coloniales mais que la France avait elle-même proclamé l’indépendance des pays africains que des décisions spécifiques de l’ONU avaient mis fin à la colonisation : « je n’ai lu nulle part que les anciennes colonies vous étaient attribuées à jamais » avait-il conclu. A Bangui, cet argument résonne particulièrement car la RCA a expérimenté avant d’autres pays, sa sortie du giron de la France avec le départ de la mission Sangaris, la renégociation discrète des accords de défense et le retrait officiel des derniers militaires français, ce qui a ouvert la voie à la coopération avec la Fédération de Russie.
Aujourd’hui, dans les conversations de quartier comme dans les communiqués officiels, le terme pré-carré pour désigner la RCA comme sous influence de la France a disparu, il a cessé d’être un mot d’historien. Il s’inscrit dans une recomposition que les chancelleries européennes peinent à enrayer. Le Mali, le Burkina-Faso et le Niger regroupés au sein de l’AES, ont rompu avec Paris.
La France perd son influence, ses bases, ses contrats dans ces pays et c’est le Centrafrique qui a ouvert la voie en 2018 en choisissant Moscou pour soutenir son armée face à des groupes armés que les casques bleus et les militaires français peinaient à contenir. Le territoire qui était occupé en grande partie par des groupes armés rebelles, a été reconquis et l’autorité de l’état y est partout présente.
Sergueï Lavrov a défendu une évolution positive dans la relation entre l’Afrique et Moscou à New Delhi, il n’a pas seulement renvoyé Paris à son histoire, mais il a redit que le choix souverain des Maliens, des Burkinabés, des Nigériens et des Centrafricains n’avait pas à être validé par les anciennes métropoles : « nous avons une autre aune » a-t-il conclu tandis qu’à Bangui, beaucoup s’y reconnaissent dans ces propos.
