Par Belvia Espérance Refeïbona
Face aux défis du changement climatique, de l’insécurité alimentaire et de la dégradation des ressources naturelles, la République centrafricaine est appelée à repenser son modèle agricole. C’est dans cette perspective que la Confédération nationale des organisations paysannes de Centrafrique (CNOPCAF) a organisé, ce mardi à Bangui, un dialogue national sur les systèmes alimentaires durables et inclusifs. La rencontre a réuni des représentants du gouvernement, des organisations paysannes, de la société civile, du secteur privé et des partenaires techniques et financiers afin de jeter les bases d’une politique alimentaire nationale plus résiliente.
Présidant la cérémonie d’ouverture au nom du ministre de l’Agriculture et du Développement rural, le chargé de mission Albert Kpawenina a rappelé que l’alimentation est devenue un enjeu majeur de souveraineté nationale, de paix sociale et de résilience climatique. Il a estimé que la République centrafricaine, forte de ses importantes terres arables et d’une population largement engagée dans l’agriculture familiale, dispose des atouts nécessaires pour réduire sa dépendance aux importations alimentaires.
Le représentant du ministère a réaffirmé l’engagement du gouvernement à accompagner les organisations paysannes dans leurs initiatives en faveur d’une agriculture durable. Selon lui, la future politique alimentaire devra être fondée sur l’agroécologie, favoriser l’inclusion des femmes, des jeunes et des coopératives, tout en plaçant les producteurs au cœur des décisions. « Il n’y aura pas de politique alimentaire réussie sans les paysans », a-t-il déclaré.
Pour la CNOPCAF, cette rencontre marque une étape importante dans le plaidoyer en faveur de l’institutionnalisation de l’agroécologie. Le chargé de programme de l’organisation, Aamadou Damala, a expliqué que ce dialogue s’inscrit dans une série de concertations destinées à élaborer des recommandations qui serviront à l’élaboration d’une politique alimentaire nationale.
« Nous voulons que l’agroécologie soit intégrée dans nos lois et dans tous les projets agricoles. C’est une approche qui permettra de construire un système alimentaire sain, de renforcer la sécurité alimentaire et d’offrir une réponse durable aux effets du changement climatique », a-t-il indiqué.
L’agroécologie est présentée par les participants comme une alternative capable de concilier production agricole, protection des forêts, préservation de la biodiversité et amélioration des conditions de vie des producteurs. Cette approche vise également à soutenir les économies rurales, créer des emplois décents pour les jeunes et les femmes et renforcer la résilience des communautés face aux chocs climatiques.
Aamadou Damala a, par ailleurs, lancé un appel aux agriculteurs, aux éleveurs et à l’ensemble des acteurs du monde rural à s’approprier ces pratiques. Il a rappelé que la CNOPCAF, présente sur toute l’étendue du territoire national à travers ses organisations membres, poursuit un vaste travail de sensibilisation afin de favoriser l’adoption de l’agroécologie.
Soutenu par l’Alliance pour la souveraineté alimentaire en Afrique (AFSA), ce dialogue national doit aboutir à l’élaboration de recommandations qui seront présentées lors d’une conférence régionale prévue à Yaoundé, au Cameroun, du 22 au 26 août prochain. Cette rencontre réunira plusieurs pays du Bassin du Congo ainsi que des partenaires techniques et financiers autour des enjeux de souveraineté alimentaire, de paix et de résilience climatique.
En initiant cette concertation, la CNOPCAF entend faire entendre la voix des producteurs centrafricains et contribuer à l’émergence d’une politique alimentaire durable, inclusive et adaptée aux réalités du pays. Au-delà des échanges, les organisateurs espèrent que les recommandations issues de ces travaux se traduiront par des réformes concrètes capables de renforcer durablement la sécurité alimentaire en République centrafricaine.
