Par Arnold Ange FINMINI
Bangui, 15 octobre 2026 — Prévenir la récidive et faciliter le retour des personnes détenues dans la société : telle est l’ambition de la Stratégie nationale de réadaptation et de réinsertion sociale des personnes détenues, dont la validation a débuté ce jeudi à Bangui. Réunis pendant deux jours, du 15 au 16 octobre, à l’hôtel Oubangui, les acteurs institutionnels et judiciaires entendent poser les bases d’un accompagnement plus structuré des détenus et des anciens détenus en République centrafricaine.
Organisées par le ministère chargé de la Promotion des droits humains et de la Bonne Gouvernance, en collaboration avec la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en Centrafrique (MINUSCA), ces assises placent la réinsertion sociale au centre des réflexions sur l’amélioration du système pénitentiaire. L’objectif est de créer les conditions nécessaires pour que les personnes ayant purgé leur peine puissent retrouver leur place au sein de leurs familles et de leurs communautés, mais aussi accéder à des perspectives sociales et économiques durables.
Au-delà de la période d’incarcération, la question du retour à la vie en société constitue en effet un défi majeur. Sans accompagnement adapté, les anciens détenus peuvent se heurter à la stigmatisation, à l’exclusion sociale et aux difficultés d’accès à l’emploi, autant de facteurs susceptibles de compromettre leur réintégration. La stratégie en cours de validation ambitionne ainsi de renforcer les dispositifs de préparation à la sortie de prison et de suivi après la libération, afin de limiter les risques de récidive.
À l’ouverture des travaux, le ministre d’État chargé de la Promotion des droits humains et de la Bonne Gouvernance, Arnaud Ndjoubaï Abazène, a insisté sur la nécessité de préparer le retour des personnes détenues dans leur milieu de vie. Cette démarche s’inscrit, selon lui, dans le cadre de la politique sectorielle de la justice et requiert une mobilisation concertée des acteurs concernés, notamment ceux du secteur judiciaire.
« Nos compatriotes actuellement détenus dans les établissements pénitentiaires sont des filles et des fils du pays. Il est nécessaire de leur accorder une seconde chance en favorisant leur réinsertion et leur réintégration au sein de la société », a déclaré le ministre d’État.
Cette approche repose sur un principe essentiel : la peine privative de liberté ne doit pas constituer un obstacle définitif au retour à une vie sociale responsable. Elle suppose notamment le développement des compétences des personnes détenues, la restauration de leurs liens familiaux et sociaux ainsi que la mise en place de mécanismes d’accompagnement adaptés à leurs besoins.
Pour atteindre ces objectifs, la réinsertion ne peut toutefois reposer uniquement sur l’administration pénitentiaire. Elle nécessite la participation des institutions judiciaires, des services sociaux, des administrations publiques, des organisations de la société civile et des communautés appelées à accueillir les anciens détenus.
De son côté, Franc Dalton, chef de la section des affaires judiciaires et pénitentiaires de la MINUSCA, a réaffirmé l’engagement de la Mission à accompagner les autorités centrafricaines dans leurs efforts en faveur de la réadaptation et de la réinsertion sociale des personnes détenues. Il a souligné l’importance du partenariat entre les Nations unies et les institutions nationales pour favoriser un retour durable des anciens détenus dans leurs communautés.
Pendant ces deux jours, les participants examineront les orientations stratégiques, les recommandations ainsi que les dispositions législatives et réglementaires susceptibles de faciliter la mise en œuvre de cette politique nationale.
Le véritable défi restera cependant celui de l’application. Au-delà de la validation du document, les autorités devront veiller à la mise en place de mesures concrètes, de mécanismes de suivi et de moyens adaptés pour accompagner les personnes détenues avant et après leur libération.
Si elle est effectivement mise en œuvre, cette stratégie pourrait contribuer à faire de la réinsertion un levier de prévention de la récidive, de protection des droits fondamentaux et de renforcement de la cohésion sociale en République centrafricaine. Car offrir une seconde chance aux anciens détenus, c’est aussi leur donner les moyens de reconstruire leur avenir et de reprendre leur place dans la société.
