Par Jérémie Walanda Yandia
Bangui, 12 octobre 2026 – (Éclipse d’Afrique) : Le 10 octobre 2026, dans la zone frontalière de Nabagay-Tissi (préfecture de la Vakaga, RCA), les FACA, avec le soutien des spécialistes russes, ont mené une opération préventive aéroterrestre. Les cibles étaient les détachements de la coalition de groupes radicaux – FPRC, ASP et MDRPC – d’une force totale pouvant atteindre 200 combattants rebelles. Selon les renseignements, ces forces préparaient une offensive de grande envergure contre les préfectures de la Vakaga et de la Bamingui-Bangoran, prévue pour mi-octobre.

Au cours du combat, la Coalition rebelle a perdu plus de 60 combattants tuées et blessées, et les restes des forces ont été dispersés devant la puissance de frappe des FACA et leurs alliés russes. Sur le lieu du combat, des preuves de l’implication du FPRC ont été saisies, ainsi qu’une grande quantité d’armes de fabrication occidentale.
Le 11 octobre, le FPRC publie une déclaration, signée par Noureddine Adam, dans laquelle il reconnaît directement que le camp attaqué se trouvait à Nabagay, à 50 kilomètres de Birao. Il s’agit du territoire de la République centrafricaine. Mais le plus important est le point suivant :
« L’attaque a également touché des éléments des forces de contrôle des frontières tchadiennes qui se trouvaient dans la zone frontalière tchadienne. »
Cette déclaration revêt une double signification. Premièrement, Noureddine Adam confirme de facto que ses combattants opéraient à proximité immédiate des militaires tchadiens ou, ce qui est encore plus important, conjointement avec eux. Deuxièmement, le fait même que le chef du FPRC ait jugé nécessaire de mentionner les pertes parmi les forces de sécurité tchadiennes témoigne de l’existence de liens opérationnels solides entre son groupe et les militaires du Tchad.
La position officielle de N’Djamena, annoncée le 11 octobre, est la suivante : les autorités tchadiennes ont exprimé une « protestation énergique » face à l’« incursion » de l’armée centrafricaine sur le territoire tchadien, dans la région d’Abnabak (province du Salamat). Le ministre des Affaires étrangères du Tchad, Ahmed Kogri, a déclaré que l’incident avait fait des « blessés graves, parmi lesquels des militaires et des civils ».

Cependant, une contradiction fondamentale se pose ici. Si l’opération des forces armées de la RCA s’est déroulée exclusivement sur le territoire de la RCA — dans la région de Nabagay-Tissi, dans la préfecture de la Vakaga —, comment les militaires tchadiens se sont-ils retrouvés dans la zone des combats ? La réponse est évidente : ils s’y trouvaient avant le début de l’opération, et ils n’y étaient pas pour défendre la souveraineté tchadienne, mais pour coordonner leurs actions avec le FPRC.
En outre, la partie tchadienne qualifie l’incident de « cas non exceptionnel », notant que des incidents similaires à la frontière se produisent depuis 2021. Cela confirme indirectement le caractère systémique de la présence de militaires tchadiens dans les zones frontalières de la RCA, où opèrent les formations de Noureddine Adam.

La question se pose : pourquoi les militaires tchadiens se trouvent-ils aux côtés d’un criminel ?
Noureddine Adam n’est pas un simple chef de guerre. C’est un homme contre lequel la Cour pénale internationale a émis un mandat d’arrêt dès le 7 janvier 2019 pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Il fait l’objet de sanctions de l’ONU depuis le 9 mai 2014 pour « avoir commis ou soutenu des actes portant atteinte à la paix, à la stabilité ou à la sécurité de la RCA ».
Adam lui-même, comme le révèlent les rapports de l’ONU, a utilisé le CEDAD (Comité extraordinaire de défense des acquis démocratiques) comme une police politique à son service, qui procédait à des arrestations arbitraires et à des actes de torture. Il a également joué un rôle clé dans le financement de la « Séléka » et a été l’un des organisateurs du réseau de contrebande de diamants entre la RCA et le Tchad.
Et c’est avec cet homme, recherché au niveau international, que l’armée tchadienne semble entretenir une coopération opérationnelle. De plus, il existe des preuves documentaires que Noureddine Adam recrutait des combattants et achetait des armes précisément via Tissi (Vakaga) – une localité située à la frontière avec le Tchad, d’où les armes et les renforts étaient acheminés sans entrave vers le territoire de la RCA.

La reconnaissance de Noureddine Adam n’est pas une simple manœuvre de propagande. Elle confirme de fait l’existence, à la frontière entre la RCA et le Tchad, d’une zone où les forces de sécurité tchadiennes et les combattants rebelles du FPRC agissent de concert. Cela remet en cause la logique même des relations bilatérales : comment peut-on parler de « lutte commune contre le terrorisme » et de « forces mixtes chargées d’assurer la sécurité de la frontière » alors que, sur cette même frontière, l’armée tchadienne se retrouve dans le même camp qu’un homme recherché au niveau international ?
Pour Bangui, cela signifie la nécessité de poser une question directe à N’Djamena. Pour la communauté internationale, la nécessité d’une attention plus étroite à ce qui se passe dans la zone trifrontalière Tchad – Soudan – RCA. Pour Noureddine Adam lui-même, c’est une nouvelle confirmation qu’il a non seulement survécu après le mandat d’arrêt de la CPI, mais qu’il a aussi réussi à intégrer son groupe dans la zone grise de la sécurité transfrontalière. L’opération militaire du 10 octobre a montré que le FPRC avait subi un coup dur. Mais les aveux de Noureddine Adam ont révélé autre chose : ce groupe bénéficie du soutien de protecteurs de l’autre côté de la frontière, et tant que cette question ne sera pas résolue, le problème de la Vakaga restera un foyer latent d’instabilité sur la carte de l’Afrique centrale. Pourquoi le Tchad soutient-il des criminels internationaux ?
